vendredi 7 décembre 2012

Atelier du 29 novembre 2012


Il s'agissait d'ecrire un tropisme a la façon de Claude Sarraute ... pour moi c'est raté, pas de tropisme en vue, mais voici quand même le texte du jour ...







Henri a 53 ans, son visage terne est surmonté d’un casque de laque et de cheveux poivre et sel, avec sur le nez de petites lunettes à monture d’argent.
Henri est grand et il porte invariablement des costumes gris. Un gris poussiere, un gris usé par les habitudes; un gris taupe, un gris morose comme les tunnels du métros parisien; un gris gris, amulette contre les imprévus et les passions, enterrés dans les tunnels de son passé; un gris métal, froid comme les drap de son lit étroit. Etroit comme sa vie sur au fil de la mécanique bien huilé de cette routine citadine qu’il admire tellement : les trains ont une heure de passage définie, les feux sont régulièrement vert puis rouge , les boutiques ont des heures d’ouverture précises, les reverberes s’allument quand le soleil se couche, tout est calculé et s’agence de façon prévisible en une chaîne qui le maintient en sécurité, en haute sécurité !
D’ailleurs il répète à l’envie, et à qui veut l’entendre, que l’exactitude est la politesse des rois et la vertu le fruit des habitudes. Un joyeux mélange d’Aristote et de Louis XVIII dont les vies furent loin d’être paisibles mais qui forment à eux deux une caution en béton !

Toujours est-il qu’Henri est employé par France Télécom au poste de directeur de l’innovation lucrative et départements attenants hors recherche et développement, le prestigieux service  IL&DA/HR&D. Depuis des lustres il hante les couloirs de la société de sa démarche raide dans ses pantalons amples, qui laissent imaginer de longues pattes maigres de héron grisâtre.
A 10 heure 00, très précise et cela tous les lundis travaillés, Henri pénêtre dans la salle de réunion Thomas Edison pour discuter des plannings et objectifs de la semaine avec les autres directeurs et chefs de projets des départements techniques. Le pas pesant, le port altier, il contourne, chargé de son antique classeur brun, la large table de bois clair vers le fauteuil de cuir sombre qui l’avait accueilli 15 ans plus tôt.







A l‘époque il était assistant du directeur de ce même service et c’était la seule place disponible autour de la table. Depuis les têtes avaient changés mais pas sa place qui même si elle avait pu être occupée par quelque novice du rituel, lui était revenu devant sa muette insistance.
Alors, sans même loucher vers le panier de croissants et le café disposé devant lui, il s’assied sur le confortable coussin de cuir maintenant affaissé en son centre. Il a fait son trou Henri, un sacré trou dans ce fauteuil, tout comme dans son petit lit avec le matelas qui s’affaisse en son centre. Le soir, dans le silence et le calme de son appartement, quand Henri se glisse entre les draps froids et qu’il tombe directement dans ce trou, cette tranchée, ce fossé comme le lit d’une rivière, celui de ses habitudes, de ses manies. Une douve difficile à franchir... mais pourquoi la franchir ? Pourquoi s’affranchir ? Il est protégé, lové, bien au fond, bien caché. Et même si parfois il étouffe un peu c’est douillet. Henri aime bien ce petit lit érodé où coule sa vie : c’est tranquille comme le sera cette énième réunion qui débute ce matin.
Le meeting se déroule comme dans un rêve éveillé. Les acteurs gesticules, récitent leur texte, ils sont même plutôt crédibles mais ce ne sont que des ombres sans pouvoir sur la vie d’Henri, un rêve dont il ne se souviendra pas demain. Il est présent, sans l’être, il acquiesce, donne le change, les ombres s’en satisfont. Henri est ailleurs. Il est encore chez lui, bloqué devant son calendrier. Il n’avait pas vu venir le 9 février, la date où sa mère fut assassinée par un cancer du colon après une lutte pied à pied avec la douleur, la détresse et la mort. A trois contre une, elle n’avait eu aucune chance.







Depuis il est seul. Jamais elle ne l’avait quitté auparavant, pas même dans son lit où ils campaient tous les deux autour de la faille au centre du sommier. Dès le départ de son père avec un jeune femme, elle avait été le pont qui passait le torrent du quotidien, le trait d’union vers le monde. Ils se racontaient des histoires, il se réchauffaient tendrement, elle passait sa main dans les broussailles de ses cheveux, y mettait de l’ordre tout en l’écoutant comme on écoute le vent qui joue dans les feuillages. Quand le pont s’est effondré, Henri est tombé de haut, il s’est fait mal et a roulé jusqu’au au lit de la rivière, une rivière alors asséchée, stérile. Il s’y cache encore, incapable de remonter la pente, d’atteindre la berge, c’est sûrement trop douloureux. De toutes façons sa mère lui disait bien : si tu es perdu un jour, ne bouge pas , je viendrai te chercher … alors il attend. Ici spectateur de la réunion du lundi matin, il attends. La vie s’écoule de nouveau, et lui  enchaîné à ses habitudes, elle ne risque pas de l’emporter. Au bureau il l’attends, dans le train il l’attends, à la maison il l’attends … un peu assoupi il attends tout le temps mais ce 9 février c’est le caillou qui l’empêche de dormir, qui le gêne, qui réveille la douleur.
Mais il suffit d’attendre encore un peu, ça passera aussi ...

vendredi 30 novembre 2012

Atelier du 22 novembre 2012

Voici la tentative d’écriture faite à l'atelier au sujet d'un changement de vie, à la façon de Thomas Bernard dans ‘la cave’ …



Tu t’appelais Laurent Dutais. Tu avais la bonne quarantaine, pas trop grand, pas trop petit, pas trop moche, pas trop beau : tu étais Le quadra passe partout.
Tu travaillais à la poste comme facteur auxiliaire, car ils n’embauchaient plus de fonctionnaire. Tu avais un petit salaire, de petites vacances, une petite voiture, un petit appartement et une très grosse épouse.
Elle se nommait Claire, Claire Dutais née Franchon, quarante ans tout rond !
Elle n’avait pas pu avoir d’enfant, elle était au chômage et passablement dépressive.

Tu avais des amis qui venaient jouer aux cartes à la maison et assister invariablement à ta mise au pilori par Claire. Soit tu étais trop lent à lui répondre, soit tu avais oublié d’acheter le vin au Monoprix ou encore tu avais trop fait trop cuire les nouilles …. Et toi, tu souriais bêtement, tu essayais d’être conciliant. Tu aurais voulu te faire tout petit pendant que tes collègues te regardaient avec pitié.
Une fois qu’ils étaient partis, tu faisais le ménage et tu allais te coucher auprès de ta Claire, reconnaissant d’avoir pu les recevoir. Puis, comme toujours, elle allait refuser tes avances.

Le matin du 24 décembre tu préparais le réveillon quand ton bureau avait appelé. Le titulaire d’une tournée était absent et tu devais interrompre ton congé pour le remplacer.
Evidemment tu fus au travail dans l’heure et pendant que ton chef discutait avec la petite stagiaire tu suais sang et eau à ouvrir les lourds sacs de courriers, seul.
Tu ne connaissais pas la tournée et tu perdais énormément de temps à trier les cartes de voeux, les lettres, les recommandés, les publicités et les journaux en fonction de l’itinéraire que tu imaginais pouvoir suivre.







Les heures passaient mais tu n’y arrivais pas, tu t’enlisais… et ton chef, du haut de sa bienveillance qui te rappelait qu’aujourd’hui le bureau fermerait à 16h ! Il promis pourtant de venir t’aider après sa pause.
Au fil de tes erreurs et de tes hésitations dans ton travail, le découragement te gagna, tu te sentais acculé, piégé par ta bonne volonté, victime de toi-même. L’opprobre allais s’abattre sur toi si tu échouais ... et ton chef qui ne venait pas.

Panique et désespoir silencieux.

Il était midi passé, tu étais seul dans la salle de trie à couper le courrier par quartier, personne ne t’avait secouru. La sueur au front tu entendais sans cesse les rires et les éclats de voix provenant de la salle de pause, comme autant d’accusations et d’humiliations.

Alors qu’ils se décidaient à partir pour manger au self, qu’ils t’abandonnaient, tu ressenti la colère monter et enfler comme une vague qui finalement allait emporter toutes les digues de tes interdits et de tes peurs.
D’un pas décidé tu marchas sur la caféteria et tu te postas devant le chef qui tentait une sortie. La larme à l’oeil tu lui expliquas que tu n’y arrivais pas, que tu avais besoin d’aide. Mais il riait, il riait de toi. “Je viendrai t’aider après la pause” répéta-t-il.

Et toi tu tremblais, tes yeux étaient humides, une boule de rage et de détresse dans la gorge étouffaient ta voix presque pleurnicharde :
“J’en ai marre ! je m’en vais ! J’ai été gentil, je suis venu pendant mes vacances mais vous, vous n’avez pas tenu votre promesse, vous ne m’avez pas aidé ! Je démissionne ! Je rentre chez moi ! Débrouillez vous pour la tournée ! Je m’ barre ! Au revoir !”
         
Le chef, loin d’essayer de te comprendre, voulait briller devant la jeune stagiaire et il t’ordonna de retourner au travail en te menaçant de sanctions ... mais tu lui avais ri au nez et claqué la porte, fort d’une nouvelle assurance que ton audace venait de libérer.

Dehors, dégrisé par l’air frais de l’hivers, tu avais pris toute la mesure de ton comportement.
Que faire maintenant ? Comment allait réagir Claire ?

La tension retombait et tu étais perdu, épuisé, à bout de nerf... Tu monta dans ta petite voiture et tu alla voir tes parents dans leur pavillon de banlieue.
Ils t’accueillirent à bras ouverts; tu ne venais pas souvent, avec ta femme c’était difficile. Après les paroles d’usages tu leur avais avoué ce que tu venais de commettre. Ils furent catastrophés, ce ne pouvait être qu’un coup de déprime ou bien le surmenage. Ils te proposèrent d’appeler leur médecin de famille qui te ferait une lettre pour ton chef et te donnerait un arrêt maladie afin que tu te remettes. Ils allaient tout arranger, il fallait que tu te reposes.
Pour les rassurer tu avais accepté leur aide et tu acceptais aussi de repasser les voir après les fêtes pour rencontrer le bon docteur.
Pourtant cette situation ne te convenait pas. Quelque chose s’était réveillé. Tu n’avais pas parcouru tout ce chemin pour faire demi-tour maintenant … mais les habitudes avaient été tenaces et tu avais cédé encore une fois.






De retour chez toi en fin d’après midi, tu avais trouvé Claire couché dans le lit devant la télé. Les couvertures froissées étaient parsemés des reliefs de plusieurs repas. Elle ne tourna même pas la tête a ton arrivée, toute absorbée par un jeux TV où des concurrents tentaient leur chance à la roue de la fortune.
Tu rassemblas ton courage et tu la dérangeas pour lui raconter ta journée, lui expliquer ce qui t’était arrivé et prendre une décision ensemble sur la conduite à tenir.
Mais elle ne t’avait pas compris, elle fustigea ton inconscience, incrimina ta faiblesse de caractère : tu n’étais pas un homme, tu avais charge d’âme et tu te laissais aller à la paresse. Elle continuait de déverser son torrent de paroles blessantes mais tu ne l’écoutais plus, égaré dans une tristesse et une solitude écrasantes.

Mécaniquement, courbé sous la pluie d’invectives, tu lui avais préparé son repas de Noel et apporté le plateau dans le lit où elle était restée à regarder son émission.
Au menu il y avait une escalope de dinde bio, Picard , 2 minutes au micro-onde, avec une purée de marron Picard aussi, 3 minutes au micro-onde, le tout était accompagné d’un verre de mousseux d’un cru inconnu.

Elle s’était assise sur le lit, avait calé son dos avec un oreiller et tu avais déposé le plateau délicatement sur ses grosses cuisses molles.
Elle t’avait toisé de tout son mépris et tu lui trancha la gorge calmement.
Tu l’avais soutenu un peu, le temps de quelques spasmes, puis tranquillement tu avais décollé sa tête au couteau.

Tu étais couvert du sang chaud de Claire, les rires enregistrés de la télévision envahissaient le 2 pièces cuisines et tu étais calme, très calme.
Puis tu avais pris quelques affaires dans un sac de sport et tu étais sorti.

Dehors il faisait nuit et des flocons de neige tourbillonnaient doucement dans les halos blafards de la cité dortoir. Aux fenêtres éclairés des tours , tu devinais les familles joyeuses, dans les lueurs multicolores des guirlandes électriques célébrant la nativité.  

Toi aussi ce soir tu étais né.










mercredi 28 novembre 2012

La guerre d'Alan, Emmanuel GUIBERT




Un roman graphique sur la vie d'Alan Cope et sa guerre.
Le roman débute avec Pearl Harbor et se termine au début des années 2000. C'est la vie d'Alan boulversé par la guerre et toutes ces implications.
C'est un récit honnete et humble. Pas de combat sanglant et homerique, mais une odyssée a travers l'Europe. Beaucoup de rencontre et de retrouvaille. Un homme étonnant cet Alan.
Une vie riche et ordinaire, faite de bons moments et d'erreurs. Un recit sensible servit par un dessin qui n'est pas envahissant ou tape a l'oeil, peut-etre meme pas assez.

Une belle vie a mon gout avec des amities durable. Pas de violence, pas de sexe, tres pudique.
A la fin Alan est vieux, il fait le bilan, il change.

C'est tres simple, pas d'artifice, et tres beau.



 Quelques planches dans le desordre ...










DMZ, Brian WOOD & Riccardo BURCHIELLI




Ca m'a pris un peu de temps et d'argent aussi pour prendre cette serie depuis le debut, a ce jour 11 fascicules.
C'est au coeur d'une amerique en proie a une nouvelle guerre civile que se deroule l'histoire a NewYork, devenue une zone tampon, une zone demilitarisée (DMZ)
Il y a les 2 grande faction qui ferment de part et d'autre le grande pomme :les états libres et les états unis. Au centre Matty Roth, qui se retrouve a la faveur d'un reportage abandonné au coeur de la cité.
Au fur et a mesure il va decouvrir plusieurs figures de la ville en ruine : Zee l'infirmiere, Kelly la reporter, Decade Later le grapher, Willson le mafieu, Soames l'activiste écolo, etc .. Au fil des épisodes l'auteur parle des états unis et des guerres qu'ils ménent. Il aborde les societé privé comme black water , les soldats mal preparés , les bavures, le terrorisme, les bombes sales, les traumatismes des civils, les exactions des bandes armées , les interets privé, la pauvreté, le role de l'ONU, etc ...  Bref des questions et des cicatrices de guerre des USA, cette nation qui est toujours en guerre au Vietnam, en Afganistan, en Iran, ... vie ce qu'elle avait l'habitude d'exporter.

Au dela d'une transposition des crimes et situations de guerre le scenario évolue et est agréable sans être transcendant ou particulierement aletant. Le dessin est tres a mon gout et plusieurs épisodes ont un style graphique completement different grace a des guest.

Sympa a lire, les personnages sont attachants, c'est 'un peu' violent, pas sexe.
J'achetrai le prochain volume !

Quelques planches au hasard ....















 

vendredi 23 novembre 2012

Atelier du 15 novembre 2012



Il s'agissait d'ecrire un soliloque a la façon d'un extrait de ‘la chute’ d’Albert CAMUS …







La soirée est longue, interminable, assis sur le Chesterfield brun, face à l’imposant portrait de mon non moins imposant paternel, l’homme aux yeux de faucon.


La chaine Hifi joue la cinquieme symphonie de Mahler et les verres successifs de whisky me font entrer corps et âme dans la musique. Pourtant à la troisieme fins du CD, il est tard et je décide enfin de monter au lit.
Sur fond de silence tout neuf, avec une acuité qui m’etonne, je perçois le bourdonement du radiateur à bain d’huile au salon, le craquement de mes articulations et le frottement de mes chaussons sur les tapis.

Les marches de l’escalier qui mennent à ma chambre sont un cap difficile à passer...
Ne pas fixer le sommet, cela fait dangereusement tanguer les murs, non ! Je dois me concentrer sur mes pantoufles. Voila. Une par une les filles, on escalade ces vilaines marches. Allez ! Allez ! Al-lez …. Bien on y arrive …  Bravo les filles, on y est !
J’y serai jamais arrivé sans vous, mes bonnes pantoufles !

Parvenu à ma chambre, le souffle court, je fais tomber le plaid écossais qui couvrait mes épaules et me voila dans mon vieux pyjama kaki et moutarde, pur pilou !
Je m’appuie sur le lit, peut-être un peu trop fermement, quand mon regard croise celui de mon père. Il est assis sur la bergere pres de la fenetre, severe, les jambes croisées, le regard dur.
Que fait-il ici ? C’est impossible !

Je fais comme si je ne le voyais pas. Je m’assieds sur le bord du lit qui balance comme un hamac.
Tout doux le lit, tout doux. Regarde tes pieds, les pantoufles, elles sont de ton coté.
Et maintenant c’est la piece qui tourne lentement tout autour de moi .. lentement mais surement. J’en profite pour jetter une oeillade vers la fenêtre : il est toujours là ! Il n’a pas bougé.
C’est pas possible, je dois rêver, il est mort il y a presque 5 ans.

Il faut que je me réveille, que je me fasse mal. Mais pour me pincer il faudrait que je lache une mains, trop dangereux ! Face à lui je ne peu pas prendre le risque. Je vais plutot essayer de me lever pour me servir un verre, ça va m’eclaircir les idées. Je maitrise.
Je me releve, l’air de rien. Je pense qu’il n’a pas noté la difficulté que j’ai a le faire.
Et avec l’aide de mes fideles pantoufles, je glisse jusqu’au gueridon, prés de lui.

Je me verse un verre de ce délicieux Glenfidish, single malt, 25 ans d’age, qui trone là.
Allons mes mains, arrêtez de trembler.
Couvrant le son familier de la cascade d’alcool qui coule, j’entends mon souffle, nasal, rapide et fort.
Allez,vas-y jette un oeil sur lui : ose !
Il me fixe toujours sous ses gros sourcils broussailleux.
Pour la convenance il faudrait que je le serve lui aussi …




Je m’eclaicis la voix … Heum heum …
Papa tu prendra bien un petit whisky ?
J’ai l’impression d’avoir de la vase dans la bouche. Peut-être qu’il ne m’a pas compris....
Papa, un verre ?
Qui ne dit mot consent :  je te sers... u pire je le boirai a ta place !
... encore ... encore … encore ?
Ah, ça a debordé un peu.
Non, non, ne bouges pas, je vais nettoyer … oui évidement tu n’allais pas bouger.

Qu’est ce qui t’amenne ?
Non, forcement tu n’es pas obligé de me répondre ....
Sinon moi ca va, comme tu vois.
Il fait chaud, non ? moi j’ai chaud. Oui c’est vrai je dois etre malade, je suis toujours malade comme maman.

Pour combler son silence, je leve mon verre.

Elle aussi va bien, enfin elle va mieux. Ca à été dur pour elle, tu sais ?
Je ne la vois pas souvent, il faut dire que c’est tout une expedition d’aller jusqu’a sa maison de repos. Tu es allé la voir ?
Non, évidement … pourquoi je pose la question ?

Allez encore une gorgée de wiskhy !

Ah ça n’a pas été facile à ta … disparition.
D’ailleurs je voulais te dire que je suis désolé, je nai pas pu entrer au funerarium.
Oui, c’est vrai je n’y suis pas allé...
Et puis je voulais aussi te dire autre chose. Voila : j’ai toujours eu peur de toi.
Toi, tu m’ignorais le plus souvent ou bien tu te moquais de moi quand tu étais à la maison … Et moi je cherchais a attirer ton attention, a te plaire. Oui, tu vois maintenant ca me fait sourire.
Eh bien le jour ou j’ai appris ta mort j’ai été danser toute la nuit ! J’en avais besoin. C’est drole non ?

Allez, je leve mon verre à ta santé papa … enfin …. tu me comprends … Non biensur tu ne comprends pas, tu n’a même jamais essayé.

Ah et puis entre nous, quelle mort fabuleuse papa ! Tu es vraiment sorti en beauté !
Si, j’insiste ! Te faire tailler une pipe par ta maitresse dans ta voiture stationnée au bord de la route … et se faire emplafonner par une camionnette, bravo ! Elle est morte etouffée par ton penis tranché dans sa gorge et toi d’une hemoragie coincé dans la voiture … si si Bra-vo !
Six mois d’hopital psy pour maman qui dans l’histoire a quand même aussi perdue sa soeur.

Tu permets, je me ressers un verre.

Ah, j’en ai encore mis a coté. J’ai quatre pieds gauches comme tu disais.
Un petit coup de manche de pyjama et hop, c’est propre !

Tu ne dis rien ?
C’est amusant, je crois qu’on vient d’avoir la plus longue conversation depuis ma naissance !

Bon c’est pas le tout mais demain je travaille et je suis fatigué : je vais me coucher. Tu peux rester si tu veux, on continuera à discuter demain.

Bonne nuit papa. Tu m’as manqué.