samedi 25 août 2012
jeudi 9 août 2012
La douleur, Marguerite DURAS
Avec 'la douleur' on reste dans le thème de la seconde guerre mondiale du point de vue de l'après guerre à Paris.
Marguerite Duras à travers plusieurs nouvelles aborde le retour des déportés, la joyeuse anarchie apres le départ de l'occupant, la chasse aux nazi et aux collabos ainsi que quelques textes née de son imagination qui se ratachent aussi a l'apres guerre. Ayant certainement le front trop bas, je n'ai pas pu apprecier ces derniers textes. En revanche j'ai particulierement aimé le premier texte sur l'attente, la souffrance et le combat contre la mort. Ainsi que celui sur l'interrogatoire d'un 'donneur' ou les résistants sont police, juge et bourreau de ceux qui furent denoncé comme collabo. On imagine aisement le nombre d'injustices et de reglements de compte gratuit !
Les récits sont très prenant, on y explore autant les sentiments que l'histoire. Seul m'ont géné quelques passages où l'auteur intellectualise les situations, leurs faisant perdre leur force brut pour devenir spéculatif.
Citations :
"Quand je meurs, je ne le rejoins pas, je cesse de l'attendre."
"On ne parle pas encore des juifs à Paris. Leurs nouveau-nés ont été confié au corps des FEMMES PREPOSEES A L'ETRANGLEMENT DES ENFANTS JUIFS expertes en l'art de tuer à partir d'une pression sur les carotides. Dans un sourire, c'est sans douleur, elles disent. Ce nouveau visage de la mort organisée, rationalisée, découvert en Allemagne déconcerte avant que d'indigner. On est étonné. Comment être encore allemand ? On cherche des équivalences ailleurs, dans d'autres temps. Il n'y a rien."
"La lutte a commencé très vite avec la mort. Il fallait y aller doux avec elle, avec délicatesse, tact, doigté. Elle le cernait de tous cotés. Mais tout de même il y avait encore un moyen de l'atteindre lui, ce n'était pas grand, cette ouverture par où communiquer avec lui mais la vie était quand même en lui, à peine une écharde, mais une écharde quand même. La mort montait à l'assaut. 39,5 le premier jour. Puis 40. Puis 41. La mort s'essouflait. 41 : le coeur vibrait comme une corde de violon. 41, toujours, mais il vibre. Le coeur, pensions nous, le coeur va s'arrêter. Toujours 41. La mort, à coup de boutoir, frappe, mais le coeur est sourd. Ce n'est pas possible, le coeur va s'arrêter. Non."
mercredi 8 août 2012
Memoires d'Hadrien, Marguerite YOURCENAR
Ce n'est pas qu'il soit particulierement difficile a lire ( quoiqu'il demande un peu plus de concentration qu'un thriller americain ... ) ou a comprendre mais qu'il est SAVOUREUX !
Je l'ai degusté ! Chaque moment passé avec ce livre fut un moment privilegié. Il est tres bien écrit et riche en réferences historiques. Hadrien, comme un philosophe grec, dispense sa sagesse au fil des pages.
C'est un livre très dense dont la structure des phrases semble tirée des versions latines de mon enfance. Tres loin du peplum ou du roman historique classique.
Le travail est titanesque et la somme des connaissances pour produire un tel travail est egale a celle d'un historien specialisé, doublé des talents d'un grand auteur. Autant dire que ce n'est pas un livre comme les autres.
La philosophie d'une époque se confronte a celle de l'homme sage, à la vie bien remplie, qui fait le bilan. Les themes sont tres actuels : le pouvoir (vu sous l'angle du vainqueur), l'amour (notement homosexuel), la mort ( celle de l'être aimé et la sienne ) , ... Marguerite Yourcenar a fait des choix dans son angle de prise de vue, mais le fait qu'elle fasse parler Hadrien explique qu'ils ne sont pas neutre : comme par exemple son accession au pouvoir ou la mort d'Antinous dont il existe plusieurs versions .
Cet Hadrien est au tres attachant, il est une lumiere dans l'histoire romaine, une respiration dans les conquêtes sanglantes, on aime cet auguste vieillard qui fait le point sur sa vie avec lucidité.
Un livre que je remettrai volontiers de nouveau dans ma 'reading list' pour relecture !
Une inspiration pour nos dirigeants ....
Citations :
"La douleur se décante, le désespoir devient pur."
"La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné où gisent sans honneur des morts qu'ils ont cessé de chérir."
"La douleur se décante, le désespoir devient pur."
"La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné où gisent sans honneur des morts qu'ils ont cessé de chérir."
"Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage: on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu'on réussisse a transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un gout du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares. A cette servitude de l'esprit, ou de l'imagination humaine, je préfère encore notre esclavage de fait.Quoiqu'il en soit, l'horrible état qui met l'homme a la merci d'un autre homme demande à être soigneusement règlé par la loi. J'ai veillé a ce que l'esclave ne soit plus cette marchandise anonyme qu'on vend ..., cet objet méprisable dont un juge n'enregistre le témoignage qu'après l'avoir soumis a la torture, au lieu de l'accepter sous serment. J'ai défendu qu'on l'obligeât aux métiers déshonorants ou dangereux, qu'on le vendit aux tenancier de maisons de prostitution ou aux écoles de gladiateurs. Que ceux qui se plaisent à ces professions les exercent seuls : elles n'en seront que mieux exercées."
"Nouménios me fit parvenir une Consolation
dans les règles ; je passai une nuit à la lire ; aucun lieu commun n’y
manquait. Ces faibles défenses élevées par l’homme contre la mort se
développaient sur deux lignes : la première consistait à nous la
présenter comme un mal inévitable ; à nous rappeler que ni la beauté, ni
la jeunesse, ni l’amour n’échappent à la pourriture ; à nous prouver
enfin que la vie et son cortège de maux sont plus horribles encore que
la mort elle-même, et qu’il vaut mieux périr que vieillir. On se sert de
ces vérités pour nous incliner à la résignation ; elles justifient
surtout le désespoir. La seconde ligne d’arguments contredit la
première, mais nos philosophes n’y regardent pas de si près : il ne
s’agissait plus de se résigner à la mort, mais de la nier. L’âme
comptait seule ; on posait arrogamment comme un fait l’immortalité de
cette entité vague que nous n’avons jamais vu fonctionner dans l’absence
du corps, avant de prendre la peine d’en prouver l’existence. Puisque le sourire, le regard, la voix, ces réalités imponderables étaient anéanties, pourquoi pas l'âme ?"
mercredi 18 juillet 2012
Billet d'humeur ... sombre.
Claude, mon oncle.
Hier soir à 20h30 son coeur a cessé de battre. Son sang chaud s'est figé dans ses veines. Ses poumons ont suspendu leurs mouvements. Le cerveau est resté quelques instants seul, endormie, de moins en moins sollicité par les échanges nerveux. L'oxygène a fait défaut, tout s'est arrêté.
Evidement ce n'était pas une surprise. La maladie avait fait son oeuvre et comme le fruit déjà mur, on savait que la saison était arrivée et qu'il allait se détacher de l'arbre. Tomber.
Il était arrivé à bout de course et maintenant le travail de destruction, déjà entamé, était totalement en marche. Les bactéries allaient proliferer. Certains tissus se liquéfier. D'autres se rigidifier. Le corps allait s'effacer comme sa mémoire.
Effacés ses souvenirs d'enfance au soleil de la Martinique.
Effacés les années a jouer dans les champs de canne a sucre, à faire du foot avec les freres et les copains, son mémorable vol d'oranges.
Effacés la tristesse, les fanfaronnades, les bêtises et les premieres amours.
Effacés son voyage en métropole, l'armée, la guerre d'Algérie et les petits boulots.
Effacés ses peurs, ses regrets, ses envies, ses questions.
Effacés ses gouts, sa bonne humeur, son bagout et ses antipathies.
Son corps, vieilli, rongé par la maladie s'est durcit. Claude n'est plus là, seul nous reste son cadavre, l'outils cassé qui avait porté sa vie et qui en se brisant a définitivement déchiré une page d'histoire et défait l'esprit qui l'animait.
Certes le monde continue de tourner. Certes pour la presque absolue majorité de l'humanité personne n'a ni remarqué sa présence, ni son abscence.
Mais à moi il me manque avec sa voix et son regard, ses plaisanteries et ses avis tranchés, ses provocations et ses conseils, ses plaintes et sa cuisine, son amour des femmes et de sa femme, ...
Adieu Claude, tu me manques.
Je me souviendrai de toi jusqu'a ce qu'arrive mon tour.
Hier soir à 20h30 son coeur a cessé de battre. Son sang chaud s'est figé dans ses veines. Ses poumons ont suspendu leurs mouvements. Le cerveau est resté quelques instants seul, endormie, de moins en moins sollicité par les échanges nerveux. L'oxygène a fait défaut, tout s'est arrêté.
Evidement ce n'était pas une surprise. La maladie avait fait son oeuvre et comme le fruit déjà mur, on savait que la saison était arrivée et qu'il allait se détacher de l'arbre. Tomber.
Il était arrivé à bout de course et maintenant le travail de destruction, déjà entamé, était totalement en marche. Les bactéries allaient proliferer. Certains tissus se liquéfier. D'autres se rigidifier. Le corps allait s'effacer comme sa mémoire.
Effacés ses souvenirs d'enfance au soleil de la Martinique.
Effacés les années a jouer dans les champs de canne a sucre, à faire du foot avec les freres et les copains, son mémorable vol d'oranges.
Effacés la tristesse, les fanfaronnades, les bêtises et les premieres amours.
Effacés son voyage en métropole, l'armée, la guerre d'Algérie et les petits boulots.
Effacés ses peurs, ses regrets, ses envies, ses questions.
Effacés ses gouts, sa bonne humeur, son bagout et ses antipathies.
Son corps, vieilli, rongé par la maladie s'est durcit. Claude n'est plus là, seul nous reste son cadavre, l'outils cassé qui avait porté sa vie et qui en se brisant a définitivement déchiré une page d'histoire et défait l'esprit qui l'animait.
Certes le monde continue de tourner. Certes pour la presque absolue majorité de l'humanité personne n'a ni remarqué sa présence, ni son abscence.
Mais à moi il me manque avec sa voix et son regard, ses plaisanteries et ses avis tranchés, ses provocations et ses conseils, ses plaintes et sa cuisine, son amour des femmes et de sa femme, ...
Adieu Claude, tu me manques.
Je me souviendrai de toi jusqu'a ce qu'arrive mon tour.
Billet d'humeur maussade ....
Ma ballade, un été, en Haute Provence.
Je parcourais un petit chemin dans la garigue.
Je n’avais ni connaissance des lieux, ni plan mais j’allais toujours plus loin. La route m’appelait et me conduisait encore plus haut dans les collines.
Comme lorsque j’étais enfant, je ne savais plus m’arrêter une fois lancé.
J’arpentais d’un pas alerte la trace de pierre qui était le chemin. Les grillons stridulaient frenetiquement “ grii griii griiii grii “ tandis que quelques oiseaux pepiaient paresseusement.
Il ne faisait pas encore trop chaud, c’etait la fin de la matinée. Je m’etais taillé lors d’une courte halte un baton de marche comme le faisait mon père lors de nos promenandes en Suisse.
Je traversais des massifs de taillis où les fleurs aux couleurs vives, violettes, jaunes, rouges ou blanches étaient comme des goutes de peinture tombées de la palette d’un impressionniste.
Parfois je découvrais un étroit puits cerclé de pierres superposées et couvert de bois sec; ou bien j’empruntais de frais et longs tunnels végéteaux faits de chênes verts et de jeunes pins. Mes seuls rencontres étaient celles de papillons bleus, marrons , jaunes et blancs qui croisaient paisiblement ma route, ou bien encore de quelques lézard effrayés s’enfuyant a mon approche. Je remarquais mille détails : cette branche morte d’un genevrier qui gisait noiratre sur le chemin, etalant ses ramures decharnées comme les pates d’une araigné; cet arbuste solitaire et figé entirement recouvert de lychens; cet arbre majestueux enveloppé d’un lierre mort d’un age séculaire qui etait comme l’etreinte d’un squelette fantastique.
Le parcours n’etait pas aisé, fait de cailloux comme le lit asseché d’un torrent, aussi je m’appuyais sur mon baton pour l’escalade du coteau.
Puis l’heure me rattrapa.
Il etait presque midi et je devinais mon épouse, au loin a la maison, se demander où j’etais , vers quelles femmes lubriques je m’étais tourné. Déjà résonnait à mes oreilles sa voix plaintive et grinçante me jugeant couplable de tout ses malheurs et me sermonant sans fin.
Alors je m’arrêtais dans mon ascention.
Du flanc de la colline, un paysage grandiose s’entendait a mes pieds. Toutes les fermes dont celle où nous logions d’ici si petites, les rangés d’arbres qui cachaient les routes et separaient les champs géometrique de blé ou de lavande, plus loin les doux vallons tachétés de bois et de bosquets. Et à l’horizon les monts lointains mélés dans un clair bleu-gris couleur de crepuscule.
Je me rendais compte pourtant que tout autant que la marche pour venir ou le panorama qui s’offrait a mes yeux, ce qui me plaisait ici c’etait la solitude..
Je fis une photo de l’endroit que j’avais donc atteint, la frontiere de ma liberté. Puis, pris d’une folie et d’un enthousiasme juvenile, je devalais la pente que lentement j’avais gravie. Je courrais dans les cailloux blancs et les pierres plates, prennant appuie sur un coté du chemin encaissé pour rebondir sur l’autre. Ainsi je gambadais comme un lourd cabri de 42 primptemps. Mon baton de marche trainais maintenant et effleurait la végétation, ce son donnait l’impression que quelqu’un courrait a ma suite.
J’entendais derriere moi, venant du passé, la voix forte de mon pere:
“Fabrice ! Ne cours pas, tu vas tomber ! Fabrice !” 1
Combien de fois l’avais-je entendu cette phrase dans mon enfance !
Et celle de ma mere : “Ne t’éloigne pas, il faut qu’on puisse te voir !”
Et je courrais. Je courrais comme avant, insouciant. Je courrais a perdre haleine sans penser a l’apres. Je courrais et je leur désobeissais encore maintenant, alors qu’ils n’étaient plus là depuis longtemps.
Et encore j’entendais mon pere s’inquieter : “Fabrice, tu va tomber ! Ne cours pas !”. Mais tant que j’avais des forces je courrais vers la vallée rejoindre les fers de ma vie de soumission.
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