vendredi 21 septembre 2012

Les contrées du rêve, HP LOVECRAFT





De beaux textes qui se completent , se repondent et finalement forment un tout a travers l'histoire de Randolph Carter. Tout s'imbrique pour dessiner  la cartographie des songes de Lovecraft car pas de doute ce Mr Carter c'est lui !  Il est souvent un peu paranoiaque quoique bien moins qu'il ne le sera dans le mythe de Cthulhu : Ce qui est exterieur est laid, ce qui est ancien est plus puissant, on ne peut faire confiance aux dieux, notre réalité n'est qu'un triste leure, etc ...


Le coeur du livre c'est donc la quête de Randolph Carter, arpenteur de rêve, decu par le monde, trahit par les dieux, insatisfait des idées humaines etriquées. Il cherche la legendaire citée de Kadath situé  par dela notre monde de l'éveil.  J'ai particulierement apprécié la nouvelle de la clé d'argent qui semble être la voix-même de Lovecraft, il essaie de se fondre dans la société mais il en ressort desabusé , écoeuré et rêve de la vie simple de son enfance.

Un scenario quelques fois un peu daté avec les peuples étranges de la lune, l'armée des chat qui convoque des assemblés et tend des embuscades  ou un Yogi indien que l'on verrait bien réalisé par Melies. La traduction ( nouvelle ) quant a elle ne m'a pas convaincu. Le traducteur a surement voulu coller au texte au detriment d'une certaine coherence litteraire, et le résultat ne temoigne plus de l'ambiance si particuliere des romans de Lovecraft. Je prefere l'ancien traducteur , plus académique. Mais ça se lit bien :)












Extrait :
"Kuranes n'était pas moderne. Il ne pensait pas comme les autres écrivains, qui s'efforcent de dépouiller la vie de ses robes brodées de mythes, et de montrer dans toute son horrible nudité cette chose répugnante qu'est la réalité. Kuranes, lui, ne se souciait que de beauté. Quand l'expérience et la vérité échouèrent à la révéler, il partit la chercher dans l'illusion, dans l'imagination, et la trouva sur le seuil même de sa maison, parmi les souvenirs nébuleux des contes et des rêves d'enfants.
Peu de gens savent quelles merveilles les attendent dans les histoires et les visions de leur jeunesse. Car enfant, lorsque nous écoutons et rêvons, nos pensées ne sont qu'à moitié formées. Alors qu'une fois devenus adultes, quand nous essayons de nous les rappeler, le poison de la vie nous a rendus pragmatiques et étroits d'esprit. Pourtant, certains d'entre nous se réveillent la nuit avec d'étranges fantasmes de collines et de jardins enchantés, de fontaines chantant au soleil, de falaises dorées surplombant le murmure des vagues, de plaines descendant vers de somnolentes cités de bronze et de pierre [...]. Nous savons alors que nous avons regardé de l'autre coté de ces portes d'ivoire donnant sur ce monde de merveilles qui était notre avant que nous ne devenions sages et malheureux."


Soil , Kaneko ATSUSHI



Ca faisait longtemps que je ne m'etais pas lu un manga ....






L'action se deroule dans une citée nouvelle au Japon, une citée dortoire horizontale. Une citée sans probleme. Et puis il y a eu cette coupure de courant et l'enlevement de la famille Shizushiro et d'un policier municipale en patrouille a ce moment de la nuit. Au matin un tas de sel est retrouvé dans la cour du lycée et dans la maison de la famille disparu.


On suit alors une équipe de flics mandatés pour mener l'enquête : un vieux policier obscène, une jeune recrue laide mais très volontaire et un paresseux très peu motivé. D'une enquete de routine teinté d'etrange, on decouvre que cette ville qui parait si lisse a ses secrets : adultere, pedophilie, folie, harcellement, trafic , viol , assassinat, etc .. et on bascule dans le fantastique ... bon je ne vais pas spoiler la fin ! Mais l'auteur fait monter la pression pour arriver au point d'orgue final.
La serie de 11 volume se lit vite, les dessins changent du style manga habituel et sont agréables ( a mon point de vue !)
On a parfois l'impression que l'auteur lui-même explore plusieurs directions et quelques éléments n'amennent rien d'utiles, au contraire, comme l'intervention de la prefecture avec ces 2 femmes qui surveillent l'enquete en permanence.


C'est une lecture sympa sur le theme de la réalité et du surnaturel, de l'ordre des choses et des apparences. Et puis ca change de tous les shonen !

Quelques pages issues du premier tome :












vendredi 31 août 2012

L'enfant de la haute mer, Jules SUPERVIELLE




Ah qui ne l'a pas lu a l'ecole ?
Ca m'a fait plaisir de retrouver ce conte particulierment bien illustré par Jacqueline Duhême qui exprime bien ce coté onirique et enfantin du conte.


Bref une edition interessante pour faire decouvrir ce tres beau texte.


lundi 27 août 2012

Les quatrains d'Omar KHAYYAM

Voila ce que j'avais comme references concernant Omar Khayyam, ce poete-mathematicien-erudit de la Perse du XIeme siecle. Un mulsuman ouvert a la vie qui avait eu quelques deboire avec les integristes de son temps mais montrait un Islam epicurien, sceptique quant aux dogmes, aux extremismes et aux moralisateurs puisqu'a la fin tout est vain : « Ne crois pas que tu sauras quelque chose quand tu auras franchi la porte de la Mort. Paix à l'homme dans le noir silence de l'Au-Delà ! »

Ci apres ce que j'avais noté de lui :

Autrefois, quand je fréquentais les mosquées,
je n'y prononçais aucune prière,
mais j'en revenais riche d'espoir.
Je vais toujours m'asseoir dans les mosquées,
où l'ombre est propice au sommeil.
...
Lorsque je serai mort, lavez-moi avec le fus de la treille;
au lieu de prières, chantez sur ma tombe les louanges de la coupe et du vin.
Si vous désirez me retrouver au jour dernier,
cherchez-moi dans la poussière du seuil de la taverne.
...
Je veux boire tant et tant de vin
que l'odeur puisse en sortir de terre quand j'y serai rentré,
que les buveurs à moitié ivres de la veille qui viendront sur ma tombe
puissent, par l'effet seul de cette odeur, tomber ivre-morts.
...
Puisse l'amant être toute l'année ivre fou,
absorbé par le vin, couvert de déshonneur!
lorsque nous avons la saine raison, le chagrin nous assaille de tous côtés;
à peine sommes-nous ivres, eh bien, advienne que pourra!
...
Elle passe bien vite la caravane de notre vie !
Sois sur tes gardes, ami, car c'est le temps de la joie qui s'echappe ainsi
Ne perds rien de l'instant, ne pense pas au lendemain de cette nuit
Prends du vin et saisis les doux moments de la vie.
...
Où est donc la musique ? Où est le vin ?
Vite, faisons honneur à la gourde! Heureux qui se souvient du vin du matin!
Oh! il existe en ce monde trois choses qui sont chères:
une tête prise de vin, une belle amoureuse et le bruit du matin.
...
On assure qu'il y a un paradis peuplé de femmes vierges,
qu'on y trouvera du vin limpide et du miel.
N'est-il donc pas permis d'aimer le vin et les femmes ici-bas,
puisque notre fin aboutie déjà à cela?
...
Demain, j aurai franchi le mont qui nous sépare,
avec un bonheur indicible je prendrai une coupe de vin.
Ma maîtresse m'est favorable, le temps m'est propice :
Si je ne m'empresse de jouir d'un tel moment, quand donc jouirai-je?
...
J'ai bien longtemps cherché dans ce monde d'inconstance
qui nous sert un moment d'asile; j'ai employé dans mes recherches
toutes les facultés dont je suis doué; eh bien! j'ai trouvé que la lune pâlit
devant l'éclat de ton visage, qu'à côté de ta taille le cyprès est difforme.
...
Pour l'amour je suis prêt à subir tous les blâmes,
si je transgresse mon serment, j'accepte d'en subir la peine.
Oh! dussé-je endurer jusqu'au jour dernier les tourments qu'il me causes,
Que ce temps me semblerait encore trop court.
...
Mon pauvre coeur, plein de douleur et de folie
n'a pu dissiper l'ivresse d'aimer.
Oh! le jour où le vin de cet amour a été distribué,
ma coupe a été sans doute puisée dans le sang de mon coeur!
...
Pendant que je tirais l'horoscope du livre de l'amour,
tout à coup, du coeur brûlant d'un sage sortirent ces mots:
"Heureux celui qui en sa demeure possède une amie belle comme la lune,
et qui a en perspective une nuit longue comme une année!"




Puis j'ai acheté cette traduction dite plus fidele que celle commune de Fitzgerald, et debarassée des ajouts apocryphes. 

Je l'ai lu .

Et c'est un tout autre homme que l'on nous montre. Un religieux qui parle de l'ivressse du vin comme image de l'ivresse du divin. Qui met en garde et moralise. Il devient un soufiste fidele bien loin de l'image qu'on lui connait. Un precheur de plus.  
Selon le traducteur il existe bien des poetes persans parlant d'amour et ecrivant des vers sensuels mais "il est inconcevable de mettre le sheik Khayyam dans la même categorie.La passion d'amour [...] est dirigé exclusivement vers le Dieu créateur."
"Les lecteurs ont souvent trouvés des expressions d'ignorance, outrageantes et même heretiques, qui ont été citées intentionnellement pour présenter l'auteur sous un certain angle." Bref Khayyam est un religieux soufiste a qui les occidentaux volontairement ont detourné le message pour en faire un dissident de l'Islam.

Mon gout va vers le poete persan plutot que vers le pretre soufi. Peut-etre la verité est-elle entre les deux propositions comme bien souvent.

Pour conclure je n'ai pas beaucoup apprecier cette traduction nettement engagée religieusement ... mais j'aurai du me douter puisqu'elle est editée chez Albin Michel en collection spiritualité vivante :(  




Laissez-moi , Marcelle SAUVAGEOT



Marcelle Sauvageot est une femme litteraire d'une trentaine d'année qui rentre au sanatorium atteinte d'une tuberculose qui lui sera fatale. Elle est amoureuse d'un homme qui, d'une lettre, lui apprend qu'il va se marier et lui assure de son amitié la plus profonde. De là elle va decrypter  l'évolution de sa relation avec lui, les signes avant coureur de la rupture et analyser ses sentiments.

Un livre magistral sur l'amour et la rupture du point de vue feminin ... L'auteur decortique les mecanismes qu'a utilisé l'être aimé pour se separer d'elle. C'est de la souffrance les yeux ouverts. Un livre court mais tres instructif, par exemple j'y ai retrouvé des situations connues et j'ai compris qu' alors que j'avais voulu menager une femme j'avais pu la faire plus souffrir. Essayer de consoler quelqu'un qu'on quitte c'est se donner trop d'importance. On y retrouve les petites lachetés , les façons de se convaincre soi-meme du bien fondé de nos actes, et la douleur. Au fil des pages elle organise sa resistance emotionnelle d'autant que la maladie se fait plus pressente,

J'ai apprecié ce livre poignant et limpide, sincere et vecu.